À qui appartient ce sentiment : à toi ou à elle ?
Une amie te raconte qu'elle a été licenciée. Si l'empathie s'active, son anxiété monte en toi comme si c'était la tienne : ta gorge se serre, ton pouls s'accélère et tu as envie d'agir tout de suite. Ce n'est pas une métaphore. Quand une personne voit la souffrance de quelqu'un d'autre, beaucoup des mêmes zones cérébrales s'activent que face à sa propre douleur : l'insula et le cortex cingulaire antérieur.
La compassion fonctionne autrement. Tu comprends qu'elle va mal, cela ne te laisse pas indifférent, mais ton état reste le tien : non pas de la douleur, mais de la chaleur et l'envie d'aider. Dans les études consacrées à l'entraînement à la compassion, cet état reposait sur d'autres réseaux cérébraux, liés non pas à la douleur, mais au souci de l'autre et à l'attachement.
- Aide : faire ce dont elle a besoin
- Compassion : chaleur et envie d'aider
- Empathie : ressentir la même chose, en te rappelant que c'est à elle
- Contagion : se laisser submerger par ce qu'elle ressent
Entre la contagion et l'aide, il y a tout un escalier. En bas, l'automatisme : les nouveau-nés se mettent à pleurer en entendant les pleurs d'un autre bébé, sans que personne ne le leur ait appris. Plus haut apparaît la distinction : c'est elle qui ressent cela, pas moi. Et seulement à l'étage suivant viennent la chaleur et l'intention d'agir.
Pourquoi l'empathie s'épuise la première
Si la douleur de l'autre monte en toi sans trouver d'issue, l'empathie se transforme en détresse personnelle, ton propre stress face au malheur de quelqu'un d'autre. Alors ton cerveau fait avec elle ce qu'il fait avec toute douleur qui lui est propre : il essaie de la réduire. Le moyen le moins coûteux, c'est de prendre ses distances. Changer de sujet, donner rapidement un conseil, appeler moins souvent.
Niveau de ta réaction : au-dessus de ce seuil, tu es déjà en train de te calmer, toi, plutôt qu'elle
C'est ce qu'on appelle la fatigue compassionnelle, même si c'est en réalité l'empathie sans limite qui s'épuise. Dans leurs expériences, Tania Singer et ses collègues distinguaient ces deux états : l'entraînement à la bienveillance chaleureuse augmentait la volonté d'aider, tandis que l'entraînement à la pure empathie augmentait le niveau d'émotions négatives. Les échantillons étaient de petite taille, c'est donc davantage un modèle de travail qu'une loi démontrée.
La limite elle-même est simple à formuler. Tu ressens son état, tout en te rappelant qu'il lui appartient. Le psychologue Carl Rogers appelait cela la condition « comme si » : sans elle, il ne reste pas de la compréhension, mais de la contagion. Et c'est elle qui détermine si tu auras encore des forces demain.
Percevoir le monde intérieur de l'autre comme s'il était le sien, sans jamais perdre ce « comme si »
Quelle différence y a-t-il entre compassion et empathie ?
Qu'est-ce qui aide à éviter la détresse personnelle face au malheur d'autrui ?
Sources
- La distinction entre empathie et compassion vient des travaux de Tania Singer et d'Olga Klimecki, notamment de l'article « Empathy and compassion » publié dans Current Biology (2014). La formule « comme si » vient de Carl Rogers, 1957
La suite de la série « Empathie »
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