L'expérience des lignes
En 1951, le psychologue Solomon Asch a installé un étudiant dans une pièce avec 7 autres participants. On montrait à tous une carte avec une ligne et une autre avec 3 lignes de longueurs différentes, puis on leur demandait de dire à voix haute laquelle des 3 avait la même longueur que la première. La tâche était si simple qu'on la réussissait presque sans erreur.
Les 7 autres étaient des complices. Lors des premiers tours, ils répondaient juste, puis se mettaient à désigner en chœur une ligne manifestement fausse. Le véritable participant répondait l'avant-dernier et entendait avant lui plusieurs voix sûres d'elles qui contredisaient ce que ses propres yeux voyaient.
des réponses reproduisaient l'erreur de la majorité
Dans environ 37% des cas, la personne répétait l'erreur des autres. Quand elle écrivait sa réponse sur papier sans entendre les autres voix, les erreurs tombaient sous 1%. Les yeux voyaient juste; seules les réponses à voix haute divergeaient. Environ trois quarts des participants ont cédé au moins une fois.
Pourquoi on se range à l'avis du groupe
Il y a 2 raisons, et elles n'agissent pas de la même façon. La première est informationnelle: si 7 personnes voient une chose et toi une autre, l'hypothèse la plus économique est que c'est toi qui te trompes. Pour le cerveau, la majorité n'est pas une opinion, mais une source peu coûteuse d'informations sur le monde. C'est selon la même logique que tu choisis la file d'attente la plus longue et le café où il y a du monde.
La seconde est normative: tu n'as pas envie d'être la personne qui contredit tout le monde. De ces concessions, tu as généralement conscience: tu vois la bonne ligne, mais tu en désignes une autre pour ne pas te faire remarquer. Il est difficile de séparer les 2 mécanismes dans une expérience, et le débat sur la question de savoir si c'est la perception elle-même ou seulement ce qui est dit à voix haute qui change n'est pas totalement tranché.
Combien de personnes suffisent à faire pression
Asch a fait varier la taille du groupe. Un seul complice en face de toi ne compte presque pas, 2 ont déjà un effet notable, 3 produisent presque tout l'effet. Au-delà, la courbe plafonne: 15 personnes n'exercent pas plus de pression que 3.
Part approximative des concessions avec 1, 2, 3, 4, 8 et 15 complices
Mais il suffit d'une fissure pour tout faire voler en éclats. Si une seule personne du groupe désignait la bonne ligne, la pression chutait environ de 4 fois, même quand les autres continuaient à se tromper. Une alliée n'a pas besoin d'être une autorité, ni même d'avoir raison. Il suffit que l'accord ne soit plus unanime.
L'effet a été reproduit de nombreuses fois dans différents pays. Il se maintient, mais pas comme une constante: les concessions sont moins fréquentes là où l'on valorise l'indépendance, et moins fréquentes dans les décennies récentes que dans les années 1950. L'ampleur varie, pas le sens.
Pourquoi peux-tu donner une mauvaise réponse après avoir entendu le groupe?
Qu'est-ce qui aide à contredire une majorité qui se trompe?
Sources
- Solomon Asch, expériences sur les lignes, 1951-1956
- Deutsch et Gerard sur 2 types d'influence, 1955
- Bond et Smith, méta-analyse de 133 réplications dans 17 pays, 1996
La suite de la série « Psychologie des foules »
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